
Le football marocain semble avoir trouvé le secret de la continuité. Après l’épopée historique de la Coupe du monde 2022 au Qatar, conclue par une place de demi-finaliste, première pour une sélection africaine et arabe, beaucoup redoutaient que les Lions de l’Atlas connaissent une période de transition délicate. Il n’en est rien. Sous la direction de Mohamed Ouahbi, l’équipe nationale du Maroc, qualifié pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026, affiche déjà une identité renouvelée, sans renier les fondations qui avaient fait son succès.
Le nouveau sélectionneur n’a pas cherché à révolutionner une équipe qui figurait parmi les meilleures du monde. Son mérite réside plutôt dans sa capacité à faire évoluer le projet de jeu en fonction des nouvelles exigences du football international. En quelques semaines, plusieurs évolutions tactiques se sont imposées.
La première concerne le pressing. Alors que le Maroc de Walid Regragui excellait dans un bloc médian particulièrement compact, celui de Mohamed Ouahbi exerce une pression beaucoup plus haute sur les relances adverses. L’objectif est clair : récupérer le ballon plus rapidement et installer l’équipe dans le camp adverse. Cette intensité nouvelle permet aux Lions de l’Atlas de mieux contrôler les rencontres et de multiplier les situations offensives.
Deuxième évolution majeure : l’animation offensive. Le sélectionneur privilégie davantage la mobilité de ses attaquants plutôt qu’un avant-centre exclusivement fixé dans la surface. Les permutations constantes entre les joueurs offensifs créent davantage d’espaces et rendent le jeu marocain moins prévisible. Les milieux participent davantage aux phases offensives, offrant des solutions supplémentaires dans les trente derniers mètres.
Sur le plan défensif, Mohamed Ouahbi a également apporté plusieurs ajustements. L’organisation reste disciplinée, marque de fabrique du football marocain, mais les transitions apparaissent plus fluides. Les latéraux sont davantage impliqués dans les phases offensives tout en bénéficiant d’une meilleure couverture des milieux récupérateurs. Ce rééquilibrage limite les espaces laissés aux contre-attaques adverses sans freiner les ambitions offensives.

L‘impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI
Au-delà des aspects tactiques, c’est aussi une nouvelle culture de jeu qui semble émerger. Habitué à travailler avec les jeunes en Belgique, Mohamed Ouahbi accorde une place importante à la prise d’initiative, à la qualité technique et à l’intelligence collective. Son parcours dans la formation transparaît dans sa volonté de responsabiliser les joueurs et d’encourager un football plus créatif sans sacrifier la rigueur. Son titre de champion du Monde gagné en octobre 20225 avec U20 du Maroc en est la parfaite illustration.
Cette évolution n’est cependant pas le fruit du seul travail du staff technique. Elle s’inscrit dans une stratégie nationale menée depuis plus de deux décennies sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a fait du sport, et particulièrement du football, un levier de rayonnement international et de développement humain.
Les investissements consentis dans les infrastructures sportives ont profondément transformé le paysage footballistique marocain. La modernisation des stades, la multiplication des centres de formation, l’amélioration des terrains d’entraînement et la création d’équipements répondant aux standards internationaux ont permis au Maroc de bâtir un environnement favorable à la performance.
Cette politique volontariste a trouvé son expression la plus emblématique avec l’Académie Mohammed VI de football, devenue l’un des principaux viviers de talents du continent africain. De nombreux internationaux marocains y ont été formés avant d’intégrer les plus grands championnats européens, illustrant la pertinence d’une stratégie fondée sur la détection et la formation des jeunes.

L’attractivité croissante du Maroc
Parallèlement, la Fédération Royale Marocaine de Football a bénéficié d’un accompagnement institutionnel lui permettant de professionnaliser davantage son organisation, de renforcer les compétitions nationales et de développer les sélections dans toutes les catégories d’âge. Cette structuration explique aujourd’hui la remarquable densité du vivier marocain, capable d’alimenter régulièrement les équipes nationales.
L’attractivité croissante du Maroc sur la scène internationale témoigne également de cette réussite. Le Royaume accueille désormais des compétitions continentales et mondiales, attire des équipes étrangères pour leurs stages de préparation et s’impose comme une référence africaine en matière d’organisation sportive. L’attribution conjointe de la Coupe du monde 2030 constitue d’ailleurs une reconnaissance internationale de cette montée en puissance.
Dans ce contexte favorable, Mohamed Ouahbi apparaît moins comme un homme providentiel que comme le maillon d’une chaîne de réussite construite patiemment. Son travail tactique et managérial bénéficie d’un écosystème performant où les infrastructures, la formation, la gouvernance et la qualité des joueurs convergent vers un même objectif : installer durablement le Maroc parmi les grandes nations du football mondial.
Les premiers résultats obtenus montrent que les Lions de l’Atlas ne vivent pas sur le souvenir de leur exploit qatari. Ils construisent progressivement un nouveau chapitre, avec une équipe capable de conjuguer discipline, ambition et créativité. Une évolution qui confirme que le succès marocain ne relève plus de l’exception, mais bien d’un projet de long terme porté par une vision stratégique et des investissements continus.
Le défi consiste désormais à transformer cette dynamique en titres majeurs sur le continent africain et en nouvelles performances lors des grandes compétitions internationales. Au regard des fondations mises en place depuis plusieurs années et des premiers choix opérés par Mohamed Ouahbi, le Maroc semble disposer de tous les atouts pour inscrire durablement son nom parmi les puissances du football mondial. Le Maroc a soif d’aller au-delà des demi-finales de la Coupe du monde, a déclaré l’entraîneur Mohamed Ouahbi après le match nul 1-1 obtenu par son équipe face au Brésil.
Au vu de ses performances convaincantes et de la qualité de son football, à la fois cohérent, maîtrisé et résolument offensif, une victoire finale des Lions de l’Atlas lors de cette Coupe du monde 2026 ne constituerait plus une surprise.